Porter des sacs de farine, se baisser cent fois par jour pour tailler une haie, garder les bras levés au-dessus d’un plafond : ce sont ces gestes répétés qui finissent par user les épaules, les poignets et le dos. Pour les soulager, de plus en plus d’entreprises regardent du côté des exosquelettes. À Avignon, le service de prévention et de santé au travail AIST 84 a consacré le 15 octobre un atelier entier à ces équipements, devant des employeurs du Vaucluse venus voir ce qu’ils valent vraiment.
Le message retenu par l’ergonome du service est plus nuancé que la promesse commerciale : l’exosquelette peut aider, mais il arrive en bout de chaîne, quand le reste a déjà été tenté.
Plan de l'article
Ce qu’est un exosquelette au travail #
Un exosquelette est un équipement que l’on porte sur soi pour accompagner certains mouvements : soulever une charge, se pencher, travailler les bras en l’air. Certains modèles fonctionnent avec des ressorts ou des élastiques, d’autres sont motorisés. L’objectif affiché est de diminuer l’effort demandé aux muscles et aux articulations, et donc le risque de blessure ou de maladie liée au poste.
Lors de l’atelier avignonnais rapporté par ici Vaucluse, deux fournisseurs, Équilibre Ergonomie et Hapo, ont présenté leurs solutions. Les usages cités vont du BTP aux espaces verts, en passant par des postes du secteur médical. Un salarié d’une minoterie d’Orange expliquait s’y intéresser pour la manutention de sacs de 25 kilos et les livraisons chez les boulangers, en constatant de nombreux arrêts de travail liés aux troubles musculo-squelettiques, y compris chez des collègues jeunes.
Pourquoi les TMS pèsent autant #
Les troubles musculo-squelettiques regroupent les atteintes des muscles, des tendons et des nerfs. Ils se traduisent par des douleurs, mais aussi par de la raideur, une perte de force ou de sensibilité, surtout au cou, aux épaules, aux coudes et aux poignets. Les atteintes du dos, comme la lombalgie, relèvent de la même famille.
Selon l’INRS, l’organisme de référence en santé et sécurité au travail, les TMS représentent à eux seuls plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues en France. L’agroalimentaire, le BTP, la logistique, la propreté ou l’aide à la personne concentrent la majorité des cas, mais aucun secteur n’est épargné. L’institut insiste sur un point : sans diagnostic et prise en charge précoces, ces troubles peuvent devenir durables.
Un outil de « dernier recours » #
C’est la phrase la plus utile de l’atelier. Pour Damien Dufour, ergonome à l’AIST 84, il y a d’autres sujets à aborder avant d’arriver à l’exosquelette : c’est « un peu le dernier recours quand on a épuisé les solutions collectives ». Autrement dit, on commence par revoir le poste lui-même : hauteur du plan de travail, aides à la manutention, organisation des tâches, rotation entre postes, poids des colis. Parfois, adapter l’environnement est plus efficace que d’équiper la personne.
L’INRS va dans le même sens dans son dossier consacré aux exosquelettes. L’institut reconnaît l’espoir légitime de réduire la charge physique, mais rappelle que ces équipements posent de nouvelles questions. L’opérateur peut être exposé aux risques classiques des machines, et le changement de gestuelle peut créer des postures contraignantes, de la fatigue, du stress ou des troubles de la proprioception, c’est-à-dire de la perception de son propre corps dans l’espace.
Tester avant d’acheter
L’investissement n’est pas anodin : plusieurs milliers d’euros selon le modèle, d’après les intervenants de l’atelier. Pour les entreprises qui hésitent, l’un des fournisseurs propose de louer un équipement afin de l’essayer en conditions réelles. C’est une bonne pratique : un exosquelette qui gêne, chauffe ou bride un mouvement finit vite au placard, et un mauvais réglage peut déplacer la contrainte vers une autre articulation.
Le regard de l’ostéopathe #
En cabinet, les douleurs d’épaule, de poignet ou de bas du dos liées au travail sont parmi les motifs de consultation les plus courants. L’ostéopathe ne remplace ni le médecin du travail ni l’ergonome, mais il observe souvent le même schéma : la douleur n’est pas due à un « corps fragile », elle est la conséquence d’une contrainte répétée, sans récupération suffisante.
Un exosquelette peut réduire une partie de cette contrainte. Il ne supprime pas le besoin de bouger, de varier les postures et de récupérer. Quelques repères simples restent valables pour tous les salariés exposés :
Signaler tôt. Une gêne qui revient à chaque fin de journée mérite d’être évoquée avec le service de santé au travail avant qu’elle ne s’installe.
Varier les gestes. Alterner les tâches et les positions limite la répétition sur une même zone.
Regarder le poste avant le corps. Un plan de travail trop bas ou une charge mal placée se corrigent souvent plus facilement qu’une articulation abîmée.
Accompagner l’équipement. Si l’entreprise adopte un exosquelette, une période d’essai, un réglage individuel et un suivi des sensations sont indispensables.
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Une technologie qui s’installe, à encadrer #
L’atelier d’Avignon montre que les exosquelettes ne sont plus de la science-fiction pour les PME : ils sont présentés, loués, testés dans des métiers très concrets. Mais les spécialistes de la prévention le répètent : ils complètent une démarche, ils ne la remplacent pas. Pour les salariés qui souffrent déjà, l’essentiel reste de consulter tôt, de faire adapter le poste et de ne pas laisser une douleur de travail devenir une douleur chronique.




